A la veille d’un comité d’entreprise extraordinaire qui examinera mardi 30 septembre un projet de réorganisation de la rédaction de Mulhouse, les journalistes de cette rédaction se sont mis à l’unanimité en grève reconductible aujourd’hui . Ils protestent contre la restructuration qui, si elle se concrétise, aboutira à diviser par deux les effectifs de la rédaction mulhousienne. Ceux-ci, actuellement de onze journalistes et deux photographes passeraient à cinq journalistes et un photographe. Les six postes supprimés à Mulhouse étant redéployés vers d’autres agences et d’autres services. Le projet vise aussi à diviser par deux la pagination de l’édition locale de Mulhouse.
Cette équipe réduite de moitié aurait pour mission de confectionner une édition locale de 5 à 6 pages ainsi que d’alimenter quotidiennement le cahier région des DNA, entre autres dans les rubriques Faits divers-Justice, Economie, Politique, Culture et Société.
Congés, RTT, et repos hebdommaires décomptés, il ne resterait, si le plan de la direction est appliqué, qu’une équipe de cinq journalistes, soit en moyenne deux reporters par jour pour couvrir l’actualité d’une communauté urbaine de 250 000 habitants, ce qui condamnerait à terme l’édition locale.
La rédaction de Mulhouse dénonce le paradoxe qui consiste à affirmer être un régional tout en abandonnant la deuxième ville d’Alsace. Elle relève que cette politique de désengagement, quantitatif et qualitatif, intervient à l’heure du rapprochement entre L’Alsace et Les DNA, les deux titres ayant désormais le même actionnaire majoritaire, le Crédit Mutuel. Dans ce contexte, elle s’inquiète du devenir des autres agences du Haut-Rhin (Altkirch, Saint-Louis, Guebwiller, Thann et Colmar). Par ailleurs les journalistes mulhousiens regrettent la méthode employée, à savoir l’absence de concertation de l’ensemble des services et rédactions des DNA sur les projets de développement et de relance du titre.
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Mulhouse, en plein dans le mille
On le craignait, ils l’ont fait. Ou plutôt, ils sont en train de le faire. A Mulhouse, la direction des DNA veut faire perdre à la rédaction la moitié de ses journalistes.
Impossible dans les conditions qui se dessinent d’assurer une édition locale qui tienne la route dans une agglomération de taille, tout en fournissant de nombreux sujets pour les pages région du quotidien.
On ne peut s’empêcher de penser que l’opération est programmée pour plaire au concurrent (mais peut-on parler encore de concurrent quand on a le même patron?), dont Mulhouse est la place forte. Non, non, nous assure-t-on aux DNA, le retrait de Mulhouse n’a absolument rien à voir avec la récente prise de contrôle du Crédit Mutuel, patron de l’Alsace, et désormais actionnaire majoritaire du groupe qui détient les DNA… Ben voyons.
Entre les arguments purement comptables et la flagrante absence de projet rédactionnel, notamment en ce qui concerne le Haut-Rhin, les suppositions les plus noires sont permises quant à l’avenir des autres éditions des DNA dans le sud de la région. La seule parole de garantie jamais obtenue se limite à Colmar. Garder Colmar permettra aux DNA de continuer à se prétendre “journal régional”, puisqu’il dépassera les frontières du Bas-Rhin. Et Altkirch? Saint-Louis? Thann? Guebwiller?
Nous nous battrons pour chaque poste, parce que chaque poste de journaliste qui sera retiré sur le terrain fera reculer le pluralisme.
C’est déjà ce que nous pensions lors de la grève le 5 février. Malheureusement, nous avions vu juste: le premier poste non remplacé, c’était le début d’un mouvement, pas une mesure isolée. En mettant en ligne une pétition pour la sauvegarde du pluralisme, nous n’étions pas alarmistes: voilà la suite de l’histoire qui nous donne raison. Mais qu’est-ce que ça fait mal, parfois d’avoir raison…
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Menaces sur Mulhouse
Notre demande d’information sur le maintien des agences et des éditions des DNA, dans toutes les instances de représentation du personnel de l’entreprise, n’a pour l’instant trouvé aucune réponse. Et dans le même temps, malheureusement, les indices se multiplient d’une sérieuse menace sur l’édition locale de Mulhouse. La ville du siège du journal L’Alsace.
Voici quelques éléments propres à entretenir les plus vives inquiétudes…
- Un poste en CDI aurait dû être créé au 1er février à Mulhouse, pour remplacer, conformément à un accord signé de longue date par les syndicats, un départ à la retraite. Au lieu de cela, la direction a prolongé un CDD jusqu’à la fin du mois d’avril. Ce qui ne correspond à rien. Sauf à une suppression de poste déguisée.
- Lors du dernier CE, le 26 février, le directeur général Jean-Claude Bonnaud, en tournant autour de la question, avait réussi à dire: “l’information locale mulhousienne n’est pas un enjeu” pour les DNA.
- Lors de l’AG des journalistes des DNA convoquée mardi 4 mars par les syndicats pour envisager une nouvelle grève, les participants ont eu la surprise de voir débarquer toute la hiérarchie de la rédaction, jusqu’ici très peu impliquée dans la défense des postes et des éditions. Les élus du personnel ont profité de la présence du rédacteur en chef Dominique Jung pour lui poser à nouveau la question: “l’édition locale de Mulhouse est-elle menacée?”. Sa réponse : “Colmar sera maintenue”. Croyant rêver, nous avons reposé notre question. Même réponse ahurissante.
- La semaine dernière, le directeur du Haut-Rhin Jean-Louis Grussenmeyer, a tenté de rassurer les journalistes de Mulhouse. Son intervention n’a fait qu’accentuer le trouble. Il a dit qu’il ne connaissait pas le calendrier de la future restructuration, qu’il faudrait que les gens évoluent, se tournent vers d’autres supports (Nuée-Bleue, web). Il a invité les journalistes à se remettre en cause. Une invitation qui dans ces circonstances confine au mépris et constitue aussi un déni de responsabilité. Au sujet des journalistes salariés en CDD à l’agence de Mulhouse, Jean-Louis Grussenmeyer a, entre autre amabilités, déclaré que les DNA “n’étaient pas une entreprise de charité”. Hallucinant !
Et c’est le moins qu’on puisse dire. Depuis quelques temps, les pigistes photographes de Mulhouse voient leurs commandes, et donc leurs revenus, fortement diminuer. Et en plus, on les met en concurrence avec des correspondants, dont les photos sont payées beaucoup moins cher.
Nous ne pouvons nous empêcher de relier tous ces éléments, seules bribes d’information dont nous disposons pour l’instant. Et le puzzle qui se dessine est loin de nous rassurer. Qu’en diront nos lecteurs mulhousiens ?
En ce qui concerne les journalistes, ils sont très inquiets, et ont signé une pétition pour que l’agence soit pérénisée. Pétition que l’intersyndicale remettra à la direction avec celle sur le maintien des effectifs.
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Tags: L'Alsace, menaces, mulhouse
La malbouffe rédactionnelle, vous connaissez ? C’est ce que nous préparent les patrons de presse avec leur logique industrielle de concentration et de mutualisation. Ils tenaient aujourd’hui les 5e assises de la presse écrite et de la jeunesse au Parlement européen de Strasbourg.
Cette opération, baptisée «graines de citoyens», est sensée favoriser la lecture de la presse quotidienne chez les 15-25 ans. Autant les informer tout de suite du goût insipide des journaux de PQR (presse quotidienne régionale) qu’on leur concocte pour demain. Un plat unique, avec des ingrédients au rabais. Pas vraiment le bon plan, à notre avis, pour des lecteurs qui sont déjà en perte d’appétit.
L’intersyndicale a donc décidé d’ajouter son grain de sel ce matin en distribuant ce matin des centaines de tracts aux jeunes participants. Le texte, intitulé “L’avenir de la presse est dans la diversité” a été plutôt bien accueilli par les “graines de citoyens”. Ce qui nous encourage à poursuivre notre sensibilisation auprès du plus grand nombre.
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Tags: action, jeunes, mutualisation
Contrairement aux chefs de service réunis la veille (mardi 26 février), les journalistes n’ont pas eu droit, mercredi soir, au visuel power point, au microphone, au buffet, ou encore au logo « Cap 2010 » avec son « C » astucieusement transformé en flèche pour, on devine, lui donner un côté dynamique.
Mais bon, passons, et attachons-nous au fond. Tout d’abord, il faut reconnaître que le leitmotiv de notre directeur général, Jean-Claude Bonnaud, au sujet de la nécessité de faire des choix éditoriaux est agréable à entendre pour des journalistes. Le problème, c’est que son insistance sur cette règle d’or du métier semble être sa façon d’enrober la pilule: les journalistes vont devoir participer à la version papier des DNA, au site web, à des blogs, à des suppléments (la fameuse entreprise d’information, dont le projet détaillé nous sera présenté avant l’été)… Et cela, avec des effectifs rognés par le non remplacement des départs à la retraite (souvenez-vous, ces gens qui , selon la direction, suppriment d’eux-mêmes leur poste en faisant “valoir leurs droits à la retraite”…)
Quant à savoir, concrètement, comment, où, pourquoi, vont se faire ces choix éditoriaux qui devraient permettre aux journalistes de contribuer à tous les supports, pour l’instant, c’est le mystère. Est-ce que cela signifie un repli géographique? Jean-Claude Bonnaud avance que sa façon d’appréhender les choses est de s’interroger, systématiquement, sur « la pertinence » d’avoir une agence ici ou là… Et notamment en ce qui concerne Mulhouse…
Au milieu de ce flou, une chose est claire. « Ma mission est de travailler sur la marque DNA, dans le cadre d’une politique de groupe à laquelle j’adhère, autrement je ne serais pas là. » Pour l’instant, cette politique de groupe se traduit par la mutualisation gratuite des contenus. Avec toujours les mêmes arguments: c’est comme l’AFP (sauf que l’AFP, on paye l’abonnement), ou encore, c’est comme quand vous pigez pour L’Express, Le Point etc (sauf que L’Express, Le Point etc. payent ces contributions…).
On rappellera qu’au-delà de la rémunération des piges, c’est aussi le statut des journalistes dans un titre, et le droit moral attaché aux droits d’auteur, qui sont remis en cause, ainsi que les accords signés, notamment aux DNA.
En gros, si on ne fait pas d’effort (c’est à dire si on refuse de travailler gratuitement pour d’autres titres), les DNA vont couler, voilà. Et, à ce moment-là, on ne peut pas s’empêcher de penser aux centaines de milliers d’euros investis dans la télé locale, pour une rentabilité à très long terme et très très très incertaine.
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Tags: droits d'auteurs, emploi, internet, mutualisation, suppléments
La pétition publique que nous avons ouverte sur mesopinions.com continue de recueillir des soutiens tous les jours en faveur du pluralisme de la presse. La barre des 300 signatures a été franchie ce week-end.
Nous espérons que les lecteurs des quotidiens régionaux de l’Est, et plus largement tous les citoyens, vont continuer à se mobiliser contre ce processus industriel de concentration et de mutualisation.
Faites passer le message autour de vous !
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Tags: pétition, pluralisme
(Ceci est une contribution du SNJ.)
La mutualisation des contenus que nous concoctent la direction des DNA, le groupe Est Républicain et le groupe Ebra, reviendrait à transformer l’ensemble des titres en agence de presse. C’est un projet qui tient depuis longtemps à coeur à notre PDG, Gérard Lignac. Celui-ci ne s’en est jamais caché. Son laboratoire? L’Est Républicain et La Liberté de l’Est, dans lesquels les oeuvres des journalistes passent indifféremment et gratuitement d’un titre à l’autre.
De quoi s’agit-il? Non seulement d’échanger des papiers et des photos sur tel ou tel événement, mais de proposer régulièrement des suppléments communs aux différents titres, et des pages thématiques identiques, une manière d’uniformiser les contenus sur tous les sujets: environnement, pages “jeunes” etc. Une manière de gommer non seulement toute concurrence, mais aussi toute spécificité de contenu. De Wissembourg à Avignon, et peut-être même au-delà.
Nos dirigeants caressent un rêve: être à la tête d’un “modèle” unique. Le titre –ou plutôt la “marque” comme ils se plaisent à le proclamer- ne serait plus qu’un cache misère. Un packaging différent, mais un contenu uniforme, sans saveur.
Il ne s’agit pas seulement d’effacer toute trace de concurrence au plan régional, mais sur un territoire bien plus vaste, puisque les journalistes n’auraient plus les moyens de se battre pour “leur” différence, celle de leur titre.
Cette situation aurait évidemment des conséquences catastrophiques sur l’emploi. Les rédactions seraient “dégraissées” au maximum, en ne conservant que quelques “super” secrétaires de rédaction -le futur logiciel Millenium simplifiera tellement la tâche, n’est-ce-pas ?- et quelques journalistes de terrain qui “produiront” pour l’ensemble du groupe.
La machine est déjà en route. Le “modèle” économique, on le sait, est Ouest-France, poids lourd de la PQR. Mais notre direction entend aller plus loin, en mutualisant les contenus au sein d’une agence de presse interne qu’ils entendent mettre sur pied. Par un pur “hasard”, des projets similaires sont à l’étude dans d’autres groupes de presse. La course de vitesse est lancée.
Il s’agit de se positionner au plus vite sur ce créneau juteux, en puisant dans un fond éditorial commun, facile à mettre en place via une banque de donnée informatique… élaborée par le Crédit mutuel.
Un “modèle” idéal pour un patron de presse qui veut faire une croix sur les droits d’auteur (en niant le code de la propriété intellectuelle). Dans une agence de presse, les journalistes ne sont plus rattachés à une entité, un titre, mais à une structure commune, avec les conséquences que cela implique sur l’ensemble de la rédaction, et pas uniquement pour la filière écriture ou pour les reporters-photographes !
Si ce scénario catastrophe se réalisait, l’éditeur pourrait ainsi vendre, pour son propre profit, textes et photos à des tiers extérieurs au groupe -pourquoi pas pour des sites publicitaires!-, le tout sans que l’auteur en soit averti.
Le droit d’auteur ne se résume pas à son aspect financier (aux DNA, sa rémunération a été mutualisée, et chaque journaliste en bénéficie, y compris les CDD au prorata de leur temps de présence, et les journalistes-pigistes) C’est surtout un droit moral, qui évite que les fonds éditoriaux d’un titre comme les DNA soient bradés auprès des plus offrants, sans regarder de trop près sur les conditions d’exploitation. C’est aussi une protection juridique contre une utilisation détournée des images, qui amènerait l’auteur devant les tribunaux, sans que ce dernier ait été informé de la destination de sa production intellectuelle.
Le puissant actionnaire et “partenaire” banquier du groupe Ebra s’intéresse de très près à nos fonds éditoriaux. Et pour cause! Il y voit une manne financière, une source de “profitabilité” évidente, sans que nous ayons notre mot à dire.
Réalité travestie? Nous attendons un démenti officiel, par écrit, de notre direction. Le voile jeté sur les projets d’avenir de l’entreprise laisse augurer que le groupe Est Républicain-Ebra tentera d’avancer aussi loin que possible.
Nous devons tout faire pour que ce scénario catastrophe ne se produise pas. Tous ensemble, agissons. Voilà pourquoi nous demandons à être associés au projet d’entreprise. Voilà pourquoi nous ne céderons pas sur le principe de la non-mutualisation des contenus. Voilà pourquoi nous entendons préserver nos acquis en matière de droits d’auteur.
Faire le “gros dos” en attendant que l’orage passe ne suffira pas. Chacun doit se mobiliser. Il en va de l’avenir des DNA. Et au-delà des DNA, des autres journaux du groupe en constitution.
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Tags: Crédit mutuel, droits d'auteurs, mutualisation
Ceci est une contribution d’un journaliste des DNA
Dans le conflit qui oppose les journalistes et leur(s) direction(s), il sera beaucoup question de « pluralisme » et de « mutualisation ». Que recouvrent ces deux termes ?
Le pluralisme de la presse fait référence à la coexistence de plusieurs titres de presse, en concurrence ou non, sur un marché précis, en l’occurrence les quotidiens régionaux. L’Alsace est l’une des rares régions de France où le pluralisme existe encore et permet la compétition entre deux titres, « l’Alsace » et les « DNA ». Cette compétition a plusieurs avantages. Elle force les journalistes des deux titres à rester sur la brèche, à s’assurer d’avoir toutes les informations. Les contraintes de publication obligent souvent les rédactions à faire des choix, à reculer la diffusion d’un article par manque de place par exemple. Lorsqu’une concurrence existe, faire ce choix est toujours plus risqué. Le pluralisme, c’est la garantie de la réactivité de votre presse locale.
Mais surtout, le pluralisme offre un recours indispensable au citoyen-acteur de sa commune ou de sa région. Dans les régions où des journaux sont en situation de monopole, se voir refuser une information, la publication d’un communiqué, par l’unique quotidien local revient à signer une mort médiatique, sans voie de recours.
Et au-delà de la concurrence entre les titres, il y a la diversité des traitements. Vous êtes nombreux à trouver l’atonie générale de la presse française étouffante. Mais comment pourrait-il en être autrement puisque 99% des articles traitant de l’actualité en France et à l’étranger sont produits par une même agence de presse, l’AFP, et seulement reproduits dans votre quotidien ?
Cette monotonie affligeante et dommageable, c’est malheureusement le modèle de la presse d’avenir, tel qu’il est pensé auprès des directions de nos journaux. Au lieu d’aller contre, elle sera généralisée avec la « mutualisation » des contenus. Ainsi, là où les DNA et l’Est Républicain envoyaient deux envoyés spéciaux aux Jeux Olympiques, les principes de la mutualisation des contenus entre les titres permettront d’économiser afin de n’envoyer qu’un seul reporter, pour l’ensemble des titres du groupe.
Et tant pis si le reporter alsacien avait une appétence particulière pour les athlètes alsaciens, et tant pis si le journaliste lorrain est bien meilleur que son collègue, et tant pis pour la diversité des traitements, des angles des sujets et des points de vue. Et tant pis pour le lecteur.
Les quotidiens que vous lisez n’ont pas besoin de moins de journalistes, mais de plus. Défendez votre quotidien en signant vous aussi la pétition !
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Tags: mutualisation, pluralisme
Lettre ouverte aux élus
Ceci est une contribution du SNJ (Syndicat national des Journalistes) des DNA
Pour le maintien du pluralisme des quotidiens régionaux
Les élections municipales approchent. Imagineriez-vous une campagne sans vos quotidiens régionaux ? Ou plus exactement, une campagne avec un quotidien au lieu de deux (les Dernières Nouvelles d’Alsace et L’Alsace) ? Une campagne avec un quotidien amputé d’une bonne partie de sa rédaction, se privant ainsi d’un éclairage citoyen dans toutes les communes d’Alsace, si petites fussent-elles ?
Ce n’est pas un film de science-fiction. Les DNA font partie du groupe l’Est républicain, qui possède désormais, et en partie avec le Crédit mutuel, huit journaux de PQR : l’Est Républicain, la Liberté de l’Est, les DNA, le Journal de la Haute-Marne (à 50%), le Bien Public, le Journal de Saône-et-Loire, le Progrès-La Tribune, et le Dauphiné Libéré. Le Crédit mutuel est par ailleurs propriétaire de L’Alsace-Le Pays et du Républicain lorrain. La logique industrielle en marche dessine aujourd’hui un groupe à dix journaux, recouvrant la quasi totalité de la façade Est de la France .
Le mot d’ordre des directions de l’Est républicain et du Crédit mutuel est la mutualisation des contenus –articles et photos identiques pour les différents titres-, avec tout ce que cela peut entraîner au niveau des suppressions de postes, qui ont commencé, mais surtout du traitement spécifique de l’information par chaque journal.
Ceux qui connaissent un peu les Vosges savent comment l’Est républicain, en rachetant la Liberté de l’Est, a gommé les spécificités de chaque titre, fermant des agences, mettant en commun les informations… Un laboratoire éloquent qui montre pourquoi la presse locale a tout à perdre dans une logique de groupe purement comptable.
Dans les semaines qui viennent, l’Alsace-Le Pays va officiellement faire partie d’Ebra (filiale du groupe l’Est républicain) si le dossier est accepté par la commission de la concurrence. Les directions des titres alsaciens sont muettes sur l’avenir des rédactions et sur le pluralisme de l’information dans les deux départements.
Dans ce contexte de mutualisation, nous, journalistes, sommes plus qu’inquiets quant à l’avenir de ces deux journaux. Et vous, élus alsaciens, êtes concernés au premier plan.
Point besoin de vous expliquer pourquoi le pluralisme de la presse est un élément essentiel de la démocratie. L’existence de deux journaux dans la même région est un gage de la qualité de l’information.
Ensuite, la mutualisation des articles et les suppressions de postes qui s’annoncent apportent avec elles le risque de priver des pans entiers de la région d’une couverture médiatique. Les conseils municipaux, les actions des associations, les travaux : tout ce qui relève de la vie des communes sera moins bien relayé. Imaginez seulement les présentations des listes et des programmes des candidats aux élections municipales avec un seul grand journal pour tout l’Est de la France…
C’est pour toutes ces raisons que nous, journalistes défendant avec conviction notre métier dans ce qu’il a de plus utile à la société, vous demandons, à vous, élus et citoyens, d’être attentifs au devenir des DNA et de L’Alsace-Le Pays, et plus largement de la presse quotidienne en France.
Si vous estimez que notre combat vaut la peine, n’hésitez pas à vous en faire les relais partout où vous pourrez, et signez notre pétition.
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Tags: démocratie, DNA, Ebra, L'Alsace, mutualisation, pluralisme
Un Net malentendu
Internet est l’un des mots qui provoque pas mal d’énervements en ce moment, aux DNA.
Le genre de mot que la direction martèle comme le sésame vers une nouvelle presse, loin du lectorat vieillissant de la version papier, loin des caprices de la rotative, loin des fins d’années difficiles. Le genre de mot copain avec multimédia, voire plurimédia (un peu de jargon ne fait pas de mal quand on ne sait pas de quoi on parle, non?).Internet, en fait, c’est un truc dingue auquel se raccroche notre direction, comme si ça allait nous épargner la fin du monde… On n’a rien contre, attendez.
Mais internet, c’est aussi le mot idéal pour taxer les syndicats de passéistes et de rétrogrades: “Vous êtes restés à l’âge de pierre”, argument inusable à sortir dès que le sujet arrive sur le tapis dans les réunions, genre “bouclier magique”.
C’est dommage. Parce que le reproche est au mieux injuste, au pire fallacieux. Comme si on pouvait être “contre internet”. Nous ne sommes pas fous. Nous savons bien que le monde change, que la technologie évolue, et notre métier avec. Mais pas n’importe comment.
La direction a décidé qu’on ne travaillait plus pour un journal, mais pour une entreprise d’information. Une marque. La marque DNA bien sûr. On a beau chercher derrière le marketing (copié sur les copains), on ne sent pas l’ombre d’une démarche journalistique derrière.
En fait, c’est un peu comme la météo. On nous dit qu’il faut se mettre au multimédia de la même façon qu’on nous annoncerait une averse ou une éclaircie. C’est comme ça, il va pleuvoir ou il va faire beau, c’est un phénomène naturel, on ne peut pas discuter.
Et bien si, justement, nous on veut discuter. Nous pensons que la rédaction dans sa diversité doit être associée à un vrai projet et consultée avant de recevoir dans la figure des applications inadaptées ou d’être propulsée dans les blogs.
Le croirez-vous? Jamais le travail de nos journalistes sur internet n’a fait l’objet d’une grande discussion dans la rédaction: qu’est-ce qu’on met sur le net par rapport au papier, dans quels délais, sous quelle forme traite-t-on les sujets, quelle place fait-on aux photos, quelles infos doit-on faire payer? Bizarre, ce black-out, pour LE projet sensé nous sauver la vie. Sans doute a-t-on trop peur de voir ressurgir la question des moyens.
Car non, internet, ce n’est pas magique. Oui, nous pensons qu’il faut des moyens humains et financiers. Les 2,5 postes du service multimédia semblent largement insuffisants. A moins que l’on compte sur les journalistes de l’édition papier, déjà fort occupés dans leurs locales, pour faire, en plus, un autre travail.
Et alors là, effectivement, nous refusons qu’un même reporter se rende sur le terrain avec un calepin, un appareil photo, une caméra, un magnétophone… pour produire du son, des images, de la vidéo, des textes, des SMS sur le sujet à traiter en plusieurs versions. Comment peut-on oser prétendre dans ces conditions que le passage au tout numérique fait gagner du temps au journaliste ?
Voilà, c’est dit -sur internet-, nous ne sommes pas contre internet (!) mais contre une rationalisation et un appauvrissement de l’information sous prétexte de modernité.
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