Ceci est une contribution d’un journaliste des DNA
Dans le conflit qui oppose les journalistes et leur(s) direction(s), il sera beaucoup question de « pluralisme » et de « mutualisation ». Que recouvrent ces deux termes ?
Le pluralisme de la presse fait référence à la coexistence de plusieurs titres de presse, en concurrence ou non, sur un marché précis, en l’occurrence les quotidiens régionaux. L’Alsace est l’une des rares régions de France où le pluralisme existe encore et permet la compétition entre deux titres, « l’Alsace » et les « DNA ». Cette compétition a plusieurs avantages. Elle force les journalistes des deux titres à rester sur la brèche, à s’assurer d’avoir toutes les informations. Les contraintes de publication obligent souvent les rédactions à faire des choix, à reculer la diffusion d’un article par manque de place par exemple. Lorsqu’une concurrence existe, faire ce choix est toujours plus risqué. Le pluralisme, c’est la garantie de la réactivité de votre presse locale.
Mais surtout, le pluralisme offre un recours indispensable au citoyen-acteur de sa commune ou de sa région. Dans les régions où des journaux sont en situation de monopole, se voir refuser une information, la publication d’un communiqué, par l’unique quotidien local revient à signer une mort médiatique, sans voie de recours.
Et au-delà de la concurrence entre les titres, il y a la diversité des traitements. Vous êtes nombreux à trouver l’atonie générale de la presse française étouffante. Mais comment pourrait-il en être autrement puisque 99% des articles traitant de l’actualité en France et à l’étranger sont produits par une même agence de presse, l’AFP, et seulement reproduits dans votre quotidien ?
Cette monotonie affligeante et dommageable, c’est malheureusement le modèle de la presse d’avenir, tel qu’il est pensé auprès des directions de nos journaux. Au lieu d’aller contre, elle sera généralisée avec la « mutualisation » des contenus. Ainsi, là où les DNA et l’Est Républicain envoyaient deux envoyés spéciaux aux Jeux Olympiques, les principes de la mutualisation des contenus entre les titres permettront d’économiser afin de n’envoyer qu’un seul reporter, pour l’ensemble des titres du groupe.
Et tant pis si le reporter alsacien avait une appétence particulière pour les athlètes alsaciens, et tant pis si le journaliste lorrain est bien meilleur que son collègue, et tant pis pour la diversité des traitements, des angles des sujets et des points de vue. Et tant pis pour le lecteur.
Les quotidiens que vous lisez n’ont pas besoin de moins de journalistes, mais de plus. Défendez votre quotidien en signant vous aussi la pétition !
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Tags: mutualisation, pluralisme
Je suis plutôt d’accord avec mon collègue, mais je voudrais quand même dire que l’utilisation de l’AFP ne conduit heureusement pas forcément au même traitement dans tous les journaux. Car derrière les milliers de dépêches que reçoivent identiquement tous les journaux abonnés, il y a des journalistes aussi, qui sélectionnent, qui mettent en perspective, qui prévoient des reportages locaux pour étayer l’annonce d’une mesure nationale, des images de reporters photos de la région, des interview de personnalités régionales sur un sujet national… A condition d’en avoir les moyens humains.
Je crois garder un oeil critique sur le journal dans lequel j’écris, ma défense des DNA n’est pas aveugle: je lis régulièrement Corse-Matin (Nice-Matin) et je ne retrouve pas du tout la même qualité d’informations nationales et internationales que dans les DNA.
Ce bémol me permet d’ailleurs d’aller dans le même sens que mon collègue. La mutualisation en marche verra inévitablement disparaître des postes aux informations générales (IG), celles qui traitent de la France et de l’international, et aux sports. Avec plus du tout d’envoyés spéciaux, de reportages. Plus de rubrique spécialisée sur l’Europe. Un seul édito pour tous. Et moins de temps pour traiter les dépêches AFP et faire un vrai travail d’édition.