(Ceci est une contribution du SNJ.)

La mutualisation des contenus que nous concoctent la direction des DNA, le groupe Est Républicain et le groupe Ebra, reviendrait à transformer l’ensemble des titres en agence de presse. C’est un projet qui tient depuis longtemps à coeur à notre PDG, Gérard Lignac. Celui-ci ne s’en est jamais caché. Son laboratoire? L’Est Républicain et La Liberté de l’Est, dans lesquels les oeuvres des journalistes passent indifféremment et gratuitement d’un titre à l’autre.

De quoi s’agit-il? Non seulement d’échanger des papiers et des photos sur tel ou tel événement, mais de proposer régulièrement des suppléments communs aux différents titres, et des pages thématiques identiques, une manière d’uniformiser les contenus sur tous les sujets: environnement, pages “jeunes” etc. Une manière de gommer non seulement toute concurrence, mais aussi toute spécificité de contenu. De Wissembourg à Avignon, et peut-être même au-delà.

Nos dirigeants caressent un rêve: être à la tête d’un “modèle” unique. Le titre –ou plutôt la “marque” comme ils se plaisent à le proclamer- ne serait plus qu’un cache misère. Un packaging différent, mais un contenu uniforme, sans saveur.

Il ne s’agit pas seulement d’effacer toute trace de concurrence au plan régional, mais sur un territoire bien plus vaste, puisque les journalistes n’auraient plus les moyens de se battre pour “leur” différence, celle de leur titre.

Cette situation aurait évidemment des conséquences catastrophiques sur l’emploi. Les rédactions seraient “dégraissées” au maximum, en ne conservant que quelques “super” secrétaires de rédaction -le futur logiciel Millenium simplifiera tellement la tâche, n’est-ce-pas ?- et quelques journalistes de terrain qui “produiront” pour l’ensemble du groupe.

La machine est déjà en route. Le “modèle” économique, on le sait, est Ouest-France, poids lourd de la PQR. Mais notre direction entend aller plus loin, en mutualisant les contenus au sein d’une agence de presse interne qu’ils entendent mettre sur pied. Par un pur “hasard”, des projets similaires sont à l’étude dans d’autres groupes de presse. La course de vitesse est lancée.

Il s’agit de se positionner au plus vite sur ce créneau juteux, en puisant dans un fond éditorial commun, facile à mettre en place via une banque de donnée informatique… élaborée par le Crédit mutuel.

Un “modèle” idéal pour un patron de presse qui veut faire une croix sur les droits d’auteur (en niant le code de la propriété intellectuelle). Dans une agence de presse, les journalistes ne sont plus rattachés à une entité, un titre, mais à une structure commune, avec les conséquences que cela implique sur l’ensemble de la rédaction, et pas uniquement pour la filière écriture ou pour les reporters-photographes !

Si ce scénario catastrophe se réalisait, l’éditeur pourrait ainsi vendre, pour son propre profit, textes et photos à des tiers extérieurs au groupe -pourquoi pas pour des sites publicitaires!-, le tout sans que l’auteur en soit averti.

Le droit d’auteur ne se résume pas à son aspect financier (aux DNA, sa rémunération a été mutualisée, et chaque journaliste en bénéficie, y compris les CDD au prorata de leur temps de présence, et les journalistes-pigistes) C’est surtout un droit moral, qui évite que les fonds éditoriaux d’un titre comme les DNA soient bradés auprès des plus offrants, sans regarder de trop près sur les conditions d’exploitation. C’est aussi une protection juridique contre une utilisation détournée des images, qui amènerait l’auteur devant les tribunaux, sans que ce dernier ait été informé de la destination de sa production intellectuelle.

Le puissant actionnaire et “partenaire” banquier du groupe Ebra s’intéresse de très près à nos fonds éditoriaux. Et pour cause! Il y voit une manne financière, une source de “profitabilité” évidente, sans que nous ayons notre mot à dire.

Réalité travestie? Nous attendons un démenti officiel, par écrit, de notre direction. Le voile jeté sur les projets d’avenir de l’entreprise laisse augurer que le groupe Est Républicain-Ebra tentera d’avancer aussi loin que possible.

Nous devons tout faire pour que ce scénario catastrophe ne se produise pas. Tous ensemble, agissons. Voilà pourquoi nous demandons à être associés au projet d’entreprise. Voilà pourquoi nous ne céderons pas sur le principe de la non-mutualisation des contenus. Voilà pourquoi nous entendons préserver nos acquis en matière de droits d’auteur.

Faire le “gros dos” en attendant que l’orage passe ne suffira pas. Chacun doit se mobiliser. Il en va de l’avenir des DNA. Et au-delà des DNA, des autres journaux du groupe en constitution.



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